Livres

« Betty » de Tiffany McDaniel aux Editions Gallmeister.

« Ce livre est à la fois une danse, un chant et un éclat de lune, mais par-dessus tout, l’histoire qu’il raconte est, et restera à jamais, celle de la Petite Indienne. » C’est ainsi que l’écrivaine, poétesse et plasticienne Tiffany McDaniel rend hommage à sa propre mère en dédicace de son deuxième roman, « Betty ». Elle dit avoir puisé son inspiration dans la vie de sa famille sur plusieurs générations, dont une ascendance cherokee.

Ce roman bouleversant de 700 pages puise sa force dans la douceur d’une culture ancestrale. La plume poétique de l’auteure contrebalance la violence du sujet et donne au texte une portée dramatique inouïe. « Betty » en devenir d’un futur grand classique de la littérature, roman incontournable de cette rentrée. « Betty » un prénom, une rencontre inoubliable, qui résonnera longtemps dans nos mémoires. Un extrait : « Devenir femme, c’est affronter le couteau. C’est apprendre à supporter le tranchant de la lame et les blessures. Apprendre à saigner. Et malgré les cicatrices, faire en sorte de rester belle et d’avoir les genoux assez solides pour passer la serpillière dans la cuisine tous les samedis. Ou bien on se perd, ou bien on se trouve. Ces vérités peuvent s’affronter à l’infini. Et qu’est-ce que l’infini, sinon un serment confus ? Un cercle brisé. Une portion de ciel fuchsia. Si l’on redescend sur terre, l’infini prend la forme d’une succession de collines ondoyantes. Un coin de campagne dans l’Ohio où tous les serpents dans les hautes herbes de la prairie savent comment les anges perdent leurs ailes. Je me souviens de l’amour incandescent et de la dévotion autant que de la violence. Quand je ferme les yeux, je revois le trèfle vert-jaune qui poussait autour de notre grange au printemps, tandis que les chiens sauvages venaient à bout de notre patience et de notre tendresse. Les temps changent pour ne jamais revenir, alors nous donnons au temps un autre nom, un nom plus beau, pour qu’il nous soit plus facile d’en supporter le poids, à mesure qu’il passe et que nous continuons à nous rappeler d’où nous venons. En ce qui me concerne, je viens d’une famille de huit enfants. Nombre d’entre eux sont morts dans leur première jeunesse. Il y a des gens qui ont reproché à Dieu de ne pas en avoir pris davantage. D’autres ont accusé le diable d’en avoir laissé encore trop en vie. Pris entre Dieu et le diable, l’arbre de notre famille a grandi avec des racines pourries, des branches brisées et des feuilles rongées par les champignons. »